Du XVII° siècle à la révolution.

Regreffée en vertus, l'abbaye va connaître jusqu'à la révolution française sa plus grande période de renommée, de préstige et de gloire. Les quatre Abbés qui, de 1676 à 1790, vont se succéder à sa tête prendront une part active à ce rayonnement.

Ces quatre abbés les voici :

DOM HIACINTE ALLIOT ( 1676 - 1705 ) d'abord.

Rallié au mouvement intellectuel du XVII° siècle ; il ouvre à l'abbaye ce que l'histoire a enregistré sous le nom d' Academie de MOYENMOUTIER. Pleïade de moines théologiens, historiens, naturalistes, archéalogues, entomologistes, voire médecins, l'abbaye est un carrefour de sciences où se retrouve l'élite savante de l'ordre bénédictin, sous la tutelle de cet abbé humaniste.

Au crédit de cette instruction intellectuelle on peut porter à coup sûr, écrit à Moyenmoutier, ce premier " Traité du Cancer " ; document fort curieux qui parut à PARIS sous le nom de Jean Baptiste ALLIOT, médecin de LOUIS XIV et frère de Dom Hyacinthe.

Moines archéologues également, les " académiciens " de Moyenmoutier furent les premiers à entreprendre des fouilles au sommet du Donon. Dom Alliot faisait prendre des dessins des débris découverts sur la vieille montagne, dessins qui servirent d'originaux à toutes les reproductions ultérieures.

A cet abbé scientifique succède un abbé lettré.

DOM HUBERT BELHOMME est né à Bar Le Duc le 23 décembre 1653. Il a fait profession religieuse sous l'habit de Saint Benoit le 19 novembre 1671. D'abord professeur de philosophie et de théologie à l'abbaye de Saint Mihiel, il devait par la suite devenir le prédicateur officiel de l'ordre bénédictin en Lorraine. Ami du cardinal de RETZ, membre du conseil de conscience du duc Léopold 1er de Lorraine, six fois suppérieur général de la Congrégation de Saint Vanne et Saint Hydulphe, DOM BELHOMME, durant 22 ans, fera de la bibliothèque de son abbaye une merveille, et le jurisconsulte THIBAULT pouvait attester en 1763 qu'elle était une des plus considérables et des plus curieuses de l'Europe : 11 000 volumes enferment toute l'histoire profane et religieuse du monde.

Parmi les académiyiens illustres qui travaillèrent ici, il convient de citer DOM CALMET " les commentaires sur l'ancien testament "." l'histoire de l'ancien et du nouveau testament "." Le dictionnaire de la bible " furent écris à Moyenmoutier durant les huit années de séjour de celui qui fut un des maîtres de l'ordre bénédictin au XVII° siècle.

Dom Humbert Belhomme meurt en 1762. Et sur son tombeau, ses frères moines écrivirent cette épitaphe : Homme humble d'origine, il aprit à goûter et à réaliser de grandes choses. Il fut d'une piété sincère, d'un ésprit pénètrant, d'un goût cultivé et raffiné en toutes choses, d'une habilleté remarquable dans la conduite des affaires et le maniement des âmes. Il reconstruisit le monastère qu'il rendit aussi agréable que commode. Ceux qui étaient sous son autorité, ils les aima d'une telle charité qu'ils ne le craignaient pas comme un maître mais le vénéraient et l'aimaient comme un père.

DOM HUMBERT BELHOMME, un grand, un très grand abbé du monastère de moyenmoutier.

DOM HUMBERT BARROIS lui succède, Meusien de naissance également, dont le premier souci est de construire une nouvelle Abbaye : celle qui est aujourd'hui devant nos yeux.

L'abbaye actuelle, inaugurée en 1776.

10 ans ont suffi à l'architecte Ambroise PIERSON, bénédictin de SENONES, pour faire ce chef-d'oeuvre d'architecture, classé comme l'un des plus beaux monuments religieux de lorraine.

L'histoire de l'Abbaye s'achève...

Qui aurait pensé ce 6 août 1771, alors que les cloches de l'abbaye, à toute volée, annonçaient l'éléction à la stalle abbatiale de DOM FRANCOIS MAILLARD, qui aurait pensé que cette sonnerie de fête, en saluant le dernier abbé, tintait le glas d'agonie de l'un des plus anciens monastère lorrains ?

Le 6 août 1771, la Révolution française est déjà en marche, elle grignote les esprits et les institutions, elle tisse la toile où, quelques années plus tard, viendra se prendre tout le passé de la Nation. L'Abbaye de moyenmoutier ne pouvait faire exception.

Le plus étrange dans cette agonie c'est qu'elle soit arrivée à un moment où, au contraire, certains indices laissaient présager longue vie encore à la fondation de Saint Hydulphe. Tous les auteurs sont unanimes pour écrire que, parmi les 33 maisons que l'ordre comportait en lorraine, l'abbaye de Moyenmoutier était une des plus régulière. Contrairement à bon nombre de monastères qui à cette époque se dépeuplent avec une rapidité croissante, DOM MAILLARD rassemble sous son autorité une vingtaine de religieux, chiffre important si l'on pense que des abbayes célèbres sont réduites à 4 ou 5 pensionnaires. Les dernières prises d'habit à Moyenmoutier datent de 1788, le fait est significatif.

La Révolution, tout au moins dans ses débuts, n'apportera aucun troubles dans la vie du village et n'entamera aucunement les bonnes relations entre les bénédictins et les habitants. La prise de la bastille est connue le 19 juillet 1789. Mais voici une autre nouvelle :

" Ce jourd'hui 29 juillet 1789, huit heures de relevée, l'Assemblée Municipale de Moyenmoutier s'est réunie au greffe du dit lieu, au sujet de ce qu'elle est informée qu'il y a une bande de brigands qui est dans les environs, qui ravage et pille dans les maisons des bourgeois, maisons religieuses et chateaux des seigneurs. Il est intéressant d'établir une patrouille provisoirement dans chaque village qui compose la paroisse du dit Moyenmoutier, la dite Assemblée Municipale a décidée qu'il fallait tout incéssament d'établir une patrouille savoir à Moyenmoutier, 4 hommes pour le village du dit Moyenmoutier, 2 hommes au village de Saint-Blaise, autant à Saint-Prayel, autant au Pair, et aussi 2 hommes au village de La Chapelle, et veilleront autour de chaque village et la première alerte qui sera donnée dans un village, tous les autres villages y accoureront au secours ".

L'émotion et la peur gagnent le monastère. A la salle capitulaire ce 30 juillet, Dom Maillard, en présence de tous les religieux dresse un acte officiel :

" Dans les circonstances actuelles où l'esprit d'insubordination, d'insoumission et d'anarchie parait s'être répendu dans toutes les parties du royaume de France, l'abbaye de Moyenmoutier ayant à craindre qu'il ne lui soit fait violence, soit pour abandonner ses droits, ses propriétés, ses titres et archives, proteste par cet acte contre tous abandons ou cessions que la crainte, les menaces, la violence, la force ou les voies de faits pourraient leur arracher et extorquer sous quelque prétexte que se soit ".

Dom maillard meurt le 2 février 1790.

Le 13 février, l'Assemblée constituante décrète qu'elle ne reconnaît plus les voeux solennels monastiques et décide la supression des ordres religieux.

Dans tous les villages et villes de France les autorités municipales procèdent aux inventaires des biens des maisons religieuses et à l'interrogatoire des religieux.

Le 10 mai 1790, la commission communale se rend à l'abbaye. Il est à peu près certain que tous les religieux optèrent pour la liberté de rentrer dans le monde.

Elle s'y rendra à nouveau, en compagnie du commissaire du directoire de Saint-Dié, le 30 décembre.

La liquidation de l'abbaye s'opère d'abord par les ventes mobilières qui, de février 1791 à mai 1792, dispersent aux feu des enchères le "reliquat" des biens.

Tout se vend et tout s'achète : meubles, fauteils, nappes, lampes, horloges, bottes, souliers, estampes, prie-Dieu, bureaux.

Le matériel agricole de l'abbaye n'échappe pas : vaches, chevaux, fourrage, chariots, charrues, harnais.

L'Evêque constitutionnel MAUDRU n'achète pas, il réquisitionne : 51 chapes, 75 chasubles, 31 tuniques, 2 mitres.

Une seule exception : la bibliothèque. Elle restait à la disposition du Gouvernement. L'expertise eut lieu le 6 juin 1791 ; Saint-Dié d'abord, Epinal ensuite, l'Evêché et la ville de Nancy encore, seront les profiteurs de cette dispersion. Quant aux archives propres de l'abbaye, transportées à Saint-Dié, elles ne seront vendues aux enchères qu'en 1826 seulement.

Restent des biens déclarés nationaux : maisons, fermes et terrains.

Dès le 5 septembre 1790, la municipalité de Moyenmoutier soumissionne la presque totalité des biens des ci-devants bénédictins " dans l'intention de les acquérir pour objet d'utilité publique ".

C'était une entreprise extraordinaire à laquelle s'attaquaient les édiles.

Dès la fin de l'année, les bonnes intentions des officiers municipaux vont se heurter à un double obstacle : les mises plus fortes des nouveaux enchérisseurs et surout le manque de finances dans la caisse communale. Délibérations, plaintes, voeux ne changeront rien : la Commune qui voulait acheter tous les biens n'en conservera aucun et se retrouvera au lendemain de la dispersion aussi riche de propriétés qu'avant la Révolution. Le monastère lui-même, ses bâtiments, ses jardins, aisances et dépendances, furent adjugés le 5 juillet 1792. De cette vente était exclue l'église abbatiale puisque, au terme d'une pétition, le Directoire l'avait attribué à la commune de Moyenmoutier, à charge par elle d'entretenir à l'avenir, et à ses frais, la dite église.

Estimée à 32 929 livres 7 sous, les bâtiments du monastère trouvèrent preneur à 72 400 livres en la personne d'un brigadier de gendarmerie nommé Jean Nicolas André, demeurant à Saint Dié. Comme la commune, André avait préjugé de ses disponibilités financières. La revente eu lieu le 23 janvier 1793 à Jean Frédéric Klein de Lunéville qui ne conservera l'abbaye que quelques mois. Puis on la retrouve aux mains de Madame de Lamouille qui la revendit le 27 avril 1802 à Mullimbeck, négociant à Lunéville qui, à son tour s'en desaisit le 30 décembre 1806 au profit de Messieurs Marmod, Ferry, Rolland et Compagnie. C'est cette association qui, 6 ans plus tard, devait ouvrir dans les bâtiments de l'enceinte du monastère, une blanchisserie de toiles de coton pour le compte de la Manufacture Saint Maurice de Senones.

L'histoire de l'antique abbaye de Saint Hydulphe est terminée. De Moyenmoutier, le val sauvage de l'an 671, elle fut le phare durant des siècles.

L'histoire a parfois d'étranges ressemblances : là où autrefois s'élevaient les chants des moines résonnent aujourd'hui de l'agonie des machines. La destinée et l'idéal de ce lieu ont changé mais, dominant toujours les bois et les champs, les prés et la ville, la flèche bleue de l'abbatiale demeure.

La révolution a laissé ce témoin qui veille encore.

Un ancien sceau de Moyenmoutier

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